mardi 8 septembre 2026    Marrakech
Presse Internationale

La Chine frappe fort: Pékin domine les technologies clés de l’énergie de demain

La Chine renforce son emprise sur les technologies qui façonneront l’énergie mondiale. Solaire, batteries et véhicules électriques placent désormais Pékin au cœur d’une bataille stratégique avec les États-Unis et l’Europe.

El Mehdi Lamghari ·
La Chine frappe fort: Pékin domine les technologies clés de l’énergie de demain

La Chine accélère dans les secteurs clés de la transition énergétique et consolide son avance dans le solaire, les batteries, le stockage et les véhicules électriques. Une montée en puissance qui renforce le poids de Pékin face aux États-Unis et à l’Europe dans la course aux technologies de demain.

La bataille énergétique mondiale est en train de changer de nature. Si le pétrole et le gaz restent essentiels, le véritable enjeu se déplace désormais vers les technologies capables de produire, stocker et distribuer l’électricité de demain.

Et sur ce nouveau terrain, la Chine dispose d’une avance considérable.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine concentre environ 85 % des capacités mondiales de production de la chaîne solaire et près de 80 % de celles liées aux batteries lithium-ion. Sa domination atteint même environ 95 % pour les wafers photovoltaïques et près de 97 % pour les matériaux d’anode.

Cette position n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une stratégie industrielle menée sur plusieurs années, combinant investissements massifs, développement des infrastructures, soutien aux industriels et maîtrise progressive des différentes étapes des chaînes de production.

Des investissements massifs dans les technologies propres

L’avance chinoise se mesure également à l’ampleur des investissements.

En 2024, les investissements du pays dans les énergies propres ont dépassé 625 milliards de dollars, soit près du double du niveau enregistré en 2015.

Dans le solaire et l’éolien, Pékin a également franchi un cap symbolique en atteignant dès 2024 son objectif de capacités fixé pour 2030, soit six ans avant l’échéance prévue.

La stratégie chinoise ne se limite toutefois pas à produire davantage d’électricité renouvelable. Le pays développe simultanément ses réseaux électriques, ses capacités de stockage, ses batteries, ses véhicules électriques et les infrastructures nécessaires à l’électrification de l’économie.

Cette approche intégrée constitue l’un de ses principaux avantages : produire à grande échelle, réduire les coûts et maîtriser une grande partie de la chaîne de valeur.

Le solaire et les batteries au cœur de la bataille

Le secteur solaire illustre particulièrement cette domination.

La Chine contrôle une part considérable de la fabrication des composants nécessaires à la production des panneaux photovoltaïques. La situation est similaire dans les batteries lithium-ion, devenues indispensables à la fois pour les véhicules électriques et pour le stockage de l’électricité renouvelable.

Cette concentration industrielle crée une dépendance pour de nombreux pays.

L’AIE souligne que des perturbations importantes dans les exportations chinoises de batteries ou de composants photovoltaïques pourraient avoir des conséquences majeures sur les chaînes de production étrangères.

L’énergie devient ainsi une question industrielle, mais aussi stratégique et géopolitique.

Washington et Bruxelles cherchent la riposte

Face à cette avance, les États-Unis et l’Union européenne tentent de reconstruire leurs propres capacités industrielles.

Washington mise notamment sur les investissements, les aides publiques et les mesures destinées à réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement chinoises. Bruxelles cherche, de son côté, à renforcer la production européenne de technologies propres et à diversifier ses fournisseurs.

Mais le défi reste considérable.

Selon l’AIE, les États-Unis et l’Union européenne réunis représentaient moins d’un quart des investissements mondiaux dans la fabrication des principales technologies énergétiques propres en 2024.

L’enjeu pour les Occidentaux n’est donc pas seulement de développer de nouvelles technologies. Il consiste surtout à être capables de les produire en quantité, rapidement et à des prix compétitifs.

La Chine exporte désormais son modèle

L’influence chinoise dépasse largement ses frontières.

Ses entreprises exportent désormais massivement des panneaux solaires, des batteries, des véhicules électriques et des équipements liés aux réseaux électriques vers les marchés émergents et développés.

L’Asie du Sud-Est illustre cette expansion. Les pays de l’ASEAN ont fortement augmenté leurs importations de technologies propres chinoises en 2026, pour une valeur dépassant 20 milliards de dollars selon des données rapportées par Reuters.

Pour Pékin, cette dynamique représente à la fois une opportunité commerciale et un moyen d’étendre son influence dans les secteurs stratégiques de l’économie mondiale.

Une nouvelle bataille pour la puissance

Derrière les chiffres se joue donc une bataille beaucoup plus large.

La maîtrise des technologies énergétiques permet de contrôler une partie des chaînes industrielles qui seront indispensables à l’économie mondiale dans les prochaines décennies.

La montée en puissance de l’intelligence artificielle, des centres de données, des véhicules électriques et de l’électrification des industries devrait en effet continuer à faire progresser la demande mondiale d’électricité.

Dans ce contexte, celui qui maîtrise les batteries, les réseaux, le solaire, le stockage et les autres technologies énergétiques dispose d’un avantage économique et stratégique majeur.

La Chine n’est pas invulnérable

Cette domination ne signifie toutefois pas que Pékin a remporté définitivement la bataille.

La croissance rapide des capacités renouvelables chinoises exerce également une pression croissante sur les infrastructures électriques du pays. Le développement des réseaux et des capacités de stockage doit suivre le rythme de l’installation des nouvelles capacités solaires et éoliennes.

La Chine doit donc elle aussi relever un défi : transformer sa puissance industrielle en un système énergétique suffisamment flexible et performant pour absorber cette production croissante.

La course mondiale à l’énergie de demain reste ainsi ouverte.

Mais le rapport de force a profondément changé. La Chine n’est plus seulement l’usine du monde : elle entend désormais devenir l’un des principaux architectes du système énergétique mondial.

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