Omar Raddad : Piste cachée dans l’affaire : “C’est un scandale d’État”, dénoncent son avocate Sylvie Noachovitch et le criminaliste Roger-Marc Moreau

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À l’occasion de la parution de “Ministère de l’injustice” et de ses révélations explosives sur les zones d’ombre de l’affaire Omar Raddad, TelQuel s’est entretenu avec l’avocate de l’ancien jardinier marocain, maître Sylvie Noachovitch, et le criminaliste Roger-Marc Moreau. Dans cette interview croisée, ils reviennent sur de nouveaux éléments pouvant, enfin et définitivement, innocenter Omar Raddad.

En France, « la justice est trop longue, trop chère et incompréhensible », se plaint le justiciable français. Mais c’est elle qui fait battre le cœur de l’Hexagone puisqu’on y règle les conflits de voisinage et de travail, les divorces, les conséquences des crises sanitaires, on y ausculte la santé des entreprises, on y réprime les délinquants et les criminels…, bref on y assure la bonne marche de la société, nous résume-t-on dans la quatrième couverture ou note de présentation au dos du livre paru dernièrement intitulé « Ministère de l’Injustice » œuvre conjointe des journalistes Marc Leplongeon, Jean-Michel Décurgis et de la romancière Pauline Guéna.

L’hôtel de Bourvallais au 13 place Vendôme dans la capitale française, siège de la Chancellerie, poursuit-on, fait remonter les informations les plus sensibles, prévient les scandales, les déclenche ou mieux, s’essaie à les éteindre. Si pour ce dernier point ce n’est pas le cas pour le Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti actuellement en prise avec sa propre tutelle, ce le fut en tout cas pour un illustre condamné, que du reste Moretti aurait pu défendre, Omar Raddad. “Ministère de l’Injustice “pourrait même permettre d’accélérer l’enquête de cette affaire, car ce que les auteurs de cet ouvrage révèlent est explosif. « Omar m’a tuer » plus de 30 ans après, devrait, logiquement, devenir “Omar ne m’a pas tuer “ et le combat d’Omar Raddad pour être innocenté pourrait enfin prendre fin.

Ce combat, il l’avait tout juste relancé le 16 décembre dernier après une requête formulée par sa défense six mois auparavant, et qui s’appuie sur les progrès effectués par la science sur l’ADN, ainsi que dans une loi assouplissant les critères permettant d’obtenir la révision d’un procès où il avait été condamné en 1994 à 18 ans de réclusion, sans possibilité de faire appel pour la mort de sa patronne Ghislaine Marchal dont il était le jardinier.

Omar Raddad avait bénéficié d’une grâce partielle du président Jacques Chirac, puis d’une libération conditionnelle en 1998, après sept années derrière les barreaux. Aujourd’hui, grâce à ce livre qui consacre un chapitre à l’affaire d’Omar Raddad, un nouvel élément pourrait le disculper. En effet, selon les trois auteurs de « Ministère de l’injustice », une enquête parallèle menée par des gendarmes susceptibles d’innocenter le jardinier marocain, aurait été ignorée par leur hiérarchie et dont le corps pour une première fois conduit à une autre thèse, impliquant un restaurateur.

Dénommé « Fernand », le bonhomme était un patron de restaurant qui s’était entouré d’un groupe d’hommes peu recommandables d’origine slave et qui avait déjà été incarcéré pour tentative d’assassinat. Les gendarmes l’avaient dans le collimateur soupçonné en cela d’être l’organisateur de plusieurs cambriolages dans la région et avec qui Ghislaine Marchal avait noué des accointances. Cette investigation avait été laissée de côté au grand dam de Maître Jacques Vergès, nommé par le Roi Hassan II convaincu de l’innocence du jardinier pour veiller à sa défense.

Dans l’ouvrage, il est clairement dit, certifié en cela par les trois auteurs, « iI existe quelque part une enquête parallèle, menée en secret par des gendarmes chevronnés et dont les magistrats de la Cour de révision n’ont jamais été informés. Cette piste, suivie depuis le mois de septembre 2002, au moment même où le premier recours d’Omar Raddad était examiné, conduit à une bande de voyous slaves ». En mai 2003, dans leur procès-verbal, les gendarmes réclament une enquête complémentaire « susceptible d’apporter des éclaircissements ou des éléments nouveaux ». Mais on a malheureusement fait le choix de cacher des informations susceptibles de servir la vérité ».

Du coup, les auteurs osent avancer, sans en apporter la certitude, l’hypothèse de la volonté d’étouffer l’affaire ne sachant pas à quel niveau de la hiérarchie l’affaire s’est éteinte, avançant en en cela deux possibilités : la piste judiciaire ou celle des forces de l’ordre. Marc Leplongeon sur l’antenne de RTL, a déclaré « Peut-être que la gendarmerie a considéré qu’une enquête qui visait à remettre en cause une enquête initiale effectuée par des gendarmes n’augurait rien de bon, ce que de son côté la justice, a également, estimé. L’avocate d’Omar Raddad, Sylvie Noachovitch, dénonce un « scandale judiciaire » et affirme que très certainement « la commission d’instruction tiendra compte de ces éléments d’informations fondamentaux, pour innocenter son client ». Elle réclame en outre que les quatre ADN retrouvés sur la scène de crime — dont aucun n’est celui d’Omar Raddad — soient à présent comparés avec ceux des individus dont les noms figurent dans les PV des gendarmes.

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