Automobile : Le Maroc au cœur du débat européen
Le Maroc se retrouve au cœur du débat européen sur le « Made in Europe ». L’Italie demande que les composants automobiles fabriqués au Maroc ne soient pas automatiquement considérés comme du contenu européen.

Le secteur automobile marocain est directement concerné par le débat européen sur les futures règles du « Made in Europe ». L’Italie demande notamment que les composants fabriqués au Maroc ne soient pas automatiquement considérés comme du contenu européen.
Le débat prend de l’ampleur à Bruxelles alors que l’Union européenne prépare de nouvelles règles destinées à soutenir la production industrielle et l’investissement en Europe.
Le projet, baptisé « Industrial Accelerator Act » (IAA), suscite des réserves en Italie. Roberto Vavassori, président de l’association italienne Anfia, estime que le texte, dans sa forme actuelle, pourrait favoriser les importations depuis des pays comme le Maroc et la Turquie, au détriment des industriels européens.
L’industrie italienne sous pression
Cette position intervient dans un contexte difficile pour l’industrie automobile italienne. Les fournisseurs italiens ont exporté pour 4,9 milliards d’euros de produits vers l’Allemagne en 2025.
Anfia prévoit une baisse d’environ 10% des exportations cette année, après un recul de 4,6% au premier semestre.
L’association italienne s’inquiète également de la montée en puissance des constructeurs chinois sur le marché européen. Selon l’ACEA, les marques chinoises représentaient plus de 9% des ventes de voitures dans l’Union européenne au premier semestre 2026.
Rome demande notamment des droits de douane pouvant atteindre 80% sur les véhicules et composants chinois au-delà d’un certain niveau d’importations.
Pourquoi le Maroc est concerné
Le Maroc occupe une place importante dans les chaînes de production automobile européennes, notamment grâce à ses usines de Renault et Stellantis.
Le Royaume est lié à l’Union européenne par un accord d’association entré en vigueur en 2000. Son protocole sur les règles d’origine permet notamment le cumul de certains composants entre les pays partenaires.
Pour Rabat, cette relation justifie la reconnaissance du contenu automobile fabriqué au Maroc dans le cadre du futur « Made in Europe ».
Adil Zaidi, président de la Fédération automobile de la CGEM, considère cette demande comme légitime, compte tenu de l’accord de libre-échange entre le Maroc et l’Union européenne.
Bruxelles doit trancher
La Commission européenne avait initialement proposé, en mars 2026, de reconnaître automatiquement certains contenus provenant de pays partenaires commerciaux de l’UE.
Le Parlement européen souhaite toutefois revenir sur cette disposition. La reconnaissance du contenu marocain pourrait donc être soumise à plusieurs conditions.
Parmi elles figurent la réciprocité commerciale, le respect de normes sociales et environnementales comparables à celles de l’UE, ainsi que le respect de l’Accord de Paris.
Le texte prévoit également des garanties pour éviter que les règles européennes ne soient contournées, notamment à travers des investissements chinois dans les batteries et les composants électriques au Maroc.
Le débat révèle ainsi des divergences au sein de l’Union européenne. L’Italie et la France souhaitent limiter le périmètre du « Made in Europe », tandis que l’Allemagne défend une approche plus ouverte.
Pour le Maroc, l’enjeu est majeur : l’issue de ce débat pourrait influencer directement la place de l’industrie automobile marocaine dans les chaînes de production européennes.




