samedi 5 septembre 2026    Marrakech
Politique

PJD: Les tournées de Benkirane ne dissipent pas la crise du parti

Les déplacements d’Abdelilah Benkirane dans plusieurs villes marocaines nourrissent l’hypothèse d’un retour du Parti de la justice et du développement. Mais l’affluence autour de son ancien chef ne suffirait pas à effacer les fragilités de l’organisation.

El Mehdi Lamghari ·
PJD: Les tournées de Benkirane ne dissipent pas la crise du parti

Depuis quelques jours, Abdelilah Benkirane multiplie les déplacements dans plusieurs villes marocaines. Ces tournées peuvent donner, à première vue, l’image d’un Parti de la justice et du développement (PJD) préparant son retour au pouvoir, après le séisme de 2021.

Cette lecture se heurte toutefois à une autre réalité. La solidité d’un parti ne se mesure ni au nombre de sièges occupés dans une salle ni à la circulation des photographies sur les pages partisanes.

Elle se juge plutôt à la force de son organisation, à la solidité de ses institutions et à sa capacité à faire émerger de nouvelles figures. Sur ces différents plans, le PJD paraît encore affaibli.

Ancien chef du gouvernement et figure dominante de son parti, Benkirane évolue désormais dans un environnement politique différent. Il ne dispose plus du gouvernement, ne dirige plus les institutions et ne s’appuie plus sur l’organisation structurée qui mobilisait autrefois ses partisans.

Ce qui demeure, c’est une personnalité politique reconnaissable, avec une voix forte, des traits d’humour et une capacité intacte à transformer une rencontre partisane en rendez-vous populaire.

Cette visibilité ne signifie pas nécessairement que le PJD a retrouvé son influence. Ceux qui se pressent pour prendre des photographies avec Benkirane peuvent aussi être attirés par la nostalgie d’une période où il se trouvait au cœur du pouvoir.

Ils viendraient alors davantage voir Benkirane qu’écouter le projet actuel du parti ou soutenir ses responsables. C’est là que réside le paradoxe de ces rassemblements : plus l’ancien dirigeant capte l’attention, plus les faiblesses de l’organisation apparaissent.

Un parti solide ne se réduit pas à une seule personnalité et ne peut devenir l’expression permanente de son ancien chef. Lorsque le leader concentre le récit, le programme, la mobilisation et l’espoir, l’institution elle-même semble traverser une crise.

Après des années de désaccords, de départs et de conflits silencieux, le PJD donne l’image d’une structure ayant perdu une partie de sa vitalité. Benkirane continue de parler, mais les responsables appelés à prendre le relais ont quitté la scène, se sont opposés ou ont choisi le silence.

La question centrale n’est donc plus de savoir combien de personnes assistent aux rencontres de Benkirane. Elle consiste plutôt à déterminer ce qu’il restera du parti lorsque cette figure historique se retirera.

Dans cette perspective, ces tournées ressemblent davantage à un rappel des années passées qu’à l’annonce d’un retour imminent. Entre applaudissements, souvenirs et attentes, elles entretiennent une mobilisation symbolique sans apporter, à elles seules, la preuve d’un renouveau politique.

Le mouvement de Benkirane peut ainsi être lu comme une tentative de maintenir le lien avec une base ancienne, tandis que la réalité politique suit une autre direction. Reste à savoir s’il s’agit du début d’un retour ou du dernier chapitre d’une trajectoire qui a longtemps marqué la vie politique marocaine.

Partager