Défense: le Maroc conserve un accès privilégié au financement militaire américain
Le Maroc continue de bénéficier d’un régime américain qui lui permet de financer directement des contrats avec les industriels de défense des États-Unis. Une analyse de Covington & Burling souligne que Rabat disposait déjà de cette faculté avant son élargissement à d’autres pays alliés de Washington.

Le Maroc a conservé son accès privilégié aux financements militaires américains lui permettant de conclure directement des contrats avec les industriels de défense des États-Unis, selon une analyse publiée vendredi 7 août par le cabinet Covington & Burling sur la nouvelle politique de l’Agence de coopération pour la sécurité de la défense (DSCA).
Le royaume faisait déjà partie du cercle restreint des États autorisés à utiliser le financement militaire à l’étranger, ou FMF, pour appuyer des contrats commerciaux directs. Cette possibilité existait avant l’extension récente du dispositif à l’ensemble des membres de l’Otan et aux alliés majeurs des États-Unis hors Otan.
Cette faculté distingue le FMF du seul mécanisme des ventes militaires à l’étranger, connu sous l’acronyme FMS. Le FMF constitue une source de financement, sous forme de subventions ou de prêts, mobilisable pour l’acquisition de matériels, de services et de formations militaires américains.
Ces acquisitions peuvent passer soit par le canal intergouvernemental des FMS, soit par des contrats commerciaux directs, dits DCC. Dans ce second schéma, le pays acheteur traite directement avec l’entreprise américaine, sans que le gouvernement fédéral soit partie au contrat, tout en restant soumis aux contrôles réglementaires, notamment en matière d’exportation.
Avant l’élargissement du régime, le Maroc figurait parmi seulement dix bénéficiaires de cette latitude. La liste comprenait aussi Israël, l’Égypte, la Jordanie, la Tunisie, la Turquie, le Portugal, le Pakistan, le Yémen et la Grèce.
Selon l’analyse, le Congrès américain a élargi ce cadre dans la loi de finances consolidée de 2023. La modification a ouvert le financement des contrats directs via le FMF aux membres de l’Otan ainsi qu’aux États officiellement désignés comme alliés majeurs hors Otan, catégorie à laquelle appartient le Maroc.
La DSCA a désormais traduit cette évolution législative dans sa politique de financement. Covington & Burling estime que le nombre de pays susceptibles de bénéficier du dispositif est passé de dix à 52, ce qui élargit considérablement le périmètre de cette option sans modifier, pour Rabat, la nature du régime dont il disposait déjà.
Pour le Maroc, cette réforme ne crée donc pas un droit nouveau. Elle confirme plutôt l’ancienneté d’un statut dont le royaume bénéficiait déjà lorsque Washington réservait encore cette possibilité à un nombre très limité de partenaires.
Les auteurs de l’analyse, Nooree Lee et Catherine Wettach, relèvent que le financement américain peut influer sur la capacité d’un gouvernement étranger à mener une acquisition, sur son calendrier et sur le choix entre une procédure FMS et un contrat direct. L’accès au FMF peut notamment, écrivent-ils, « répondre à des contraintes de financement » susceptibles de ralentir une transaction.
L’extension de ce régime intervient alors que les exportations militaires américaines affichent une forte progression. D’après les données du département d’État reprises dans l’analyse, les opérations FMS sont passées de 50,8 milliards de dollars sur l’exercice 2020 à 104,38 milliards en 2025, tandis que les ventes commerciales directes ont progressé de 124,3 à 226,8 milliards de dollars sur la même période.
Le contrat commercial direct offre ainsi aux industriels américains « une voie plus directe vers le client étranger », selon les deux juristes. Ils soulignent toutefois que l’application concrète du régime dépendra encore des conditions fixées par la DSCA sur les matériels admissibles, la part américaine requise, les certifications, les autorisations et les modalités de paiement, ainsi que des crédits votés par le Congrès pour le FMF.
L’analyse ne fait état d’aucun nouveau contrat marocain, d’aucune enveloppe supplémentaire accordée à Rabat ni d’aucune acquisition précise liée à cette évolution réglementaire. Elle établit en revanche que le Maroc disposait déjà, avant l’élargissement de 2026, de la possibilité de combiner financement militaire américain et négociation directe avec les fournisseurs de l’industrie de défense des États-Unis.




