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Engrais phosphatés: Itafos doute d’un retour rapide vers les États-Unis

Malgré la suspension américaine du droit compensateur de 16,8 % sur les engrais phosphatés marocains, Itafos estime que l’incertitude demeure sur une reprise des cargaisons vers les États-Unis. Le groupe souligne un écart de rentabilité de plus de 100 dollars par tonne avec d’autres marchés et évoque un environnement mondial fortement perturbé.

La Rédaction · · Mis à jour
Engrais phosphatés: Itafos doute d’un retour rapide vers les États-Unis

La suspension américaine du droit compensateur de 16,8 % sur les engrais phosphatés marocains n’a pas dissipé les doutes sur une reprise rapide des expéditions vers les États-Unis. Dans ses résultats du deuxième trimestre, Itafos estime que les recettes nettes qu’y obtiendraient les exportateurs restent inférieures de plus de 100 dollars par tonne à celles offertes par plusieurs marchés concurrents.

Selon le groupe, cet écart de rentabilité rend « difficile de savoir dans quelle mesure, voire si » l’allègement douanier se traduira par une hausse des approvisionnements américains. Autrement dit, la suspension du prélèvement ne suffirait pas, à elle seule, à réorienter les flux vers ce débouché.

Le directeur général d’Itafos, David Delaney, a décrit une industrie secouée par des « bouleversements sans précédent ». Il a cité la flambée du soufre, les restrictions chinoises et les perturbations du commerce au Moyen-Orient parmi les principaux facteurs de tension sur le secteur.

Itafos a également indiqué, en se référant à des publications non identifiées, que les cadences des installations marocaines seraient tombées jusqu’à 50 % de leurs capacités à la fin du deuxième trimestre. Le groupe n’a cependant rattaché cette estimation à aucune communication d’OCP, ce qui en fait une appréciation de marché et non une donnée de production confirmée par le producteur marocain.

À Washington, la Maison-Blanche a autorisé le 29 juin l’entrée temporaire des engrais phosphatés marocains sans perception du droit compensateur ni des dépôts correspondants. Cette mesure s’applique pendant huit mois au maximum ou jusqu’à la levée de l’état d’urgence, si celle-ci intervient plus tôt.

Donald Trump a justifié cette décision par l’insuffisance de la production américaine une fois les exportations retranchées. Dans sa proclamation, l’administration américaine affirme que des fournisseurs établis dans des pays comme le Maroc peuvent approvisionner les États-Unis sans perturbation à ce stade, et présente cet assouplissement comme une réponse immédiate aux tensions sur les disponibilités avant les campagnes d’épandage.

Cette suspension n’efface toutefois pas la procédure quinquennale menée par le département américain du commerce et la Commission américaine du commerce international. Itafos rapporte que le département a conclu provisoirement qu’une abrogation du droit pourrait entraîner la réapparition de subventions et a proposé, dans ce cadre, un taux de 20,04 %.

L’USITC a, de son côté, décidé le 5 juin de conduire un réexamen complet des mesures visant les phosphates marocains et russes. Le taux de 20,04 % reste donc, à ce stade, une proposition préliminaire distincte du droit de 16,8 % temporairement suspendu.

Sur le plan financier, Itafos a porté son chiffre d’affaires trimestriel de 126,8 millions à 144 millions de dollars, soit une progression de 14 %, portée par la hausse des prix et des ventes d’engrais au Brésil. Son bénéfice ajusté avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements a toutefois reculé de 44 %, à 17,8 millions de dollars, contre 31,8 millions un an plus tôt.

Le groupe a en parallèle enregistré une perte nette de 5,6 millions de dollars, alors qu’il avait dégagé un bénéfice de 24,8 millions au deuxième trimestre 2025. Sur l’ensemble du premier semestre, les revenus ont augmenté de 9 %, à 286,2 millions de dollars, tandis que le résultat ajusté a chuté de 49,1 %, à 36,2 millions, pour une perte nette de 3,9 millions contre un bénéfice de 60,7 millions un an auparavant.

Itafos attribue ce retournement à la hausse du coût du soufre et de l’acide sulfurique, à l’érosion des marges et à plusieurs gains exceptionnels comptabilisés en 2025. À Conda, dans l’Idaho, l’usine a produit 79 306 tonnes d’équivalent pentoxyde de phosphore au deuxième trimestre, un niveau presque stable sur un an, mais son résultat ajusté a chuté de 32,9 millions à 17,6 millions de dollars.

À Arraias, au Brésil, la production d’engrais a progressé de 62 %, à 16 494 tonnes d’équivalent pentoxyde de phosphore, et le résultat ajusté est passé de 3,4 millions à 4,7 millions de dollars. Le groupe a enfin relevé de 335 000 à 340 000 tonnes le seuil inférieur de sa prévision annuelle de ventes et abaissé de 33 millions à 28 millions de dollars le plafond de ses dépenses d’entretien.

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