Tunisie: la hausse de près de 300 médicaments déclenche la polémique
La décision des autorités tunisiennes d’augmenter les prix de près de 300 médicaments, parfois de plus de 500 %, suscite une vive controverse. Des voix politiques et associatives dénoncent un nouveau coup porté au pouvoir d’achat, tandis que les pharmaciens invoquent la survie de l’approvisionnement.

La hausse décidée par les autorités tunisiennes sur près de 300 médicaments a déclenché une large vague de critiques dans le pays. La controverse est d’autant plus vive qu’une partie des produits concernés est utilisée dans le traitement de maladies chroniques et graves.
Selon des médias tunisiens, des responsables politiques, des journalistes et des acteurs de la société civile ont relayé un document recensant les médicaments touchés par ces augmentations. Pour leurs détracteurs, cette décision constitue un nouveau coup dur pour le pouvoir d’achat dans un contexte économique déjà difficile.
Le militant politique Wissam Sghir a raillé la mesure dans une publication sur Facebook. Il y écrit qu’il n’y aurait « aucun problème ni embarras dans cette hausse folle des prix des médicaments… l’essentiel est de ne pas revenir en arrière ».
Le militant associatif Ghaith Alafi a lui aussi dénoncé la décision dans un message publié sur Facebook. Il a ironisé sur « ce grand exploit » ajouté, selon lui, à d’autres décisions contestées, en soulignant qu’elle intervient après la disparition de nombreux médicaments et qu’elle toucherait plus de 280 produits.
De son côté, le militant politique Abdelatif Hermassi a appelé les responsables à fournir des explications officielles sur les raisons de cette hausse. Il a demandé au directeur général de la Pharmacie centrale, au président du syndicat des pharmaciens et au ministre de la Santé d’éclairer l’opinion publique avant tout jugement définitif.
Ziad Aouadi a qualifié ces augmentations de choquantes, affirmant que certaines atteindraient près de 500 %. « Le pauvre est la victime… Dieu nous suffit et il est le meilleur garant », a-t-il commenté.
Pour le militant politique Laâsad Obeid, le calendrier de cette annonce a accentué le mécontentement, alors qu’elle coïncide avec la célébration de la fête de la République. Il a évoqué un « cadeau du 25 juillet », estimant que la hausse des médicaments de base pèsera directement sur les malades souffrant notamment du cœur, du diabète et de la thyroïde.
Face à ces critiques, le président du syndicat des pharmaciens, Zoubeir Guiga, a défendu la mesure. Il a expliqué que l’objectif était d’alléger la pression financière qui pèse sur la Pharmacie centrale et d’améliorer sa trésorerie afin de lui permettre de poursuivre les importations et d’assurer l’approvisionnement du marché.
Dans des déclarations aux médias, il a ajouté que ces augmentations visaient aussi à éviter de nouvelles pénuries, après les difficultés connues ces dernières années. Selon lui, la crise de financement du secteur de la santé et du médicament est structurelle, et les déséquilibres financiers menacent la continuité du système si rien n’est fait.
Cette décision intervient également dans un contexte international marqué par la hausse des prix des médicaments. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement ainsi que l’augmentation des coûts de l’énergie et du transport ont renchéri, dans plusieurs pays, la fabrication et l’importation des produits pharmaceutiques.
En Tunisie, le débat porte désormais autant sur l’ampleur des hausses que sur leur impact social et sanitaire. Les critiques réclament des explications publiques sur les critères retenus, tandis que les défenseurs de la mesure mettent en avant le risque d’un marché davantage exposé aux ruptures d’approvisionnement.




