Plus de quatre jeunes diplômés sur dix au Maroc occupent un emploi inférieur à leur niveau de formation. Le phénomène de surqualification progresse et révèle un décalage entre le système éducatif et les besoins du marché du travail.
Au Maroc, obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur ne garantit pas toujours un emploi correspondant aux compétences acquises.
Selon un récent rapport de la Banque mondiale, basé notamment sur les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), la part des diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 25 à 34 ans en situation de surqualification est passée de 34% en 2019 à plus de 43%.
La surqualification désigne une situation dans laquelle un salarié occupe un poste qui demande un niveau de formation inférieur à celui qu’il possède.
Un phénomène particulièrement marqué dans certaines formations
Le décalage est encore plus important chez les diplômés de la formation professionnelle et technique supérieure. Selon le rapport, 70,7% d’entre eux travaillent dans des emplois situés en dessous de leur niveau de qualification.
Cette situation reflète en partie la structure du marché du travail marocain, qui reste fortement concentré sur des emplois nécessitant des qualifications intermédiaires.
Le problème ne concerne donc pas uniquement le nombre de diplômés. Il concerne aussi la capacité de l’économie à créer suffisamment d’emplois correspondant à leur niveau de formation.
Un impact direct sur les salaires
Cette inadéquation entre formation et emploi a également des conséquences sur les revenus.
D’après les estimations citées dans le rapport, travailler dans un emploi inférieur à son niveau de qualification est associé à une baisse d’environ 20% du salaire.
Lorsque l’emploi ne correspond pas non plus au domaine de spécialisation du diplômé, une baisse supplémentaire d’environ 10% peut être observée.
Certains jeunes se retrouvent ainsi dans une double situation de décalage : leur emploi est inférieur à leur niveau d’études et ne correspond pas à leur spécialité.
Des diplômés qui travaillent loin de leur spécialité
Le problème ne concerne pas uniquement le niveau de qualification. Le rapport relève également une progression du non-appariement entre la formation et le domaine d’emploi.
Cette situation touche notamment des diplômés en ingénierie, industrie, bâtiment, sciences sociales, commerce, gestion et droit.
Dans la formation professionnelle, près de 30% des diplômés travailleraient également dans un domaine différent de celui de leur formation.
À l’inverse, les diplômés des filières scientifiques, technologiques, d’ingénierie et de mathématiques présentent généralement un meilleur rapprochement entre leur formation et leur emploi.
Une économie qui doit créer davantage d’emplois qualifiés
Pour la Banque mondiale, le décalage ne peut pas être expliqué uniquement par l’orientation scolaire ou les formations proposées.
Le Maroc a considérablement développé l’accès à l’éducation au cours des dernières décennies. Toutefois, la transformation du tissu économique et la création d’emplois hautement qualifiés n’ont pas progressé au même rythme.
Résultat : le pays compte davantage de jeunes diplômés, mais pas encore suffisamment d’emplois permettant de valoriser pleinement leurs compétences.
Quelles solutions ?
La Banque mondiale recommande notamment d’améliorer l’orientation des étudiants vers les filières offrant de meilleures perspectives d’emploi et d’adapter régulièrement les formations professionnelles aux besoins des entreprises.
Le renforcement des services d’intermédiation entre les jeunes et les employeurs constitue également une piste pour faciliter l’accès au marché du travail.
Mais l’enjeu dépasse la seule question de la formation. Le Maroc doit également poursuivre la transformation de son modèle productif afin de développer des activités à plus forte productivité et créatrices d’emplois qualifiés.
Derrière le chiffre de 43%, c’est donc un défi majeur qui se pose : parvenir à mieux faire correspondre les compétences des jeunes diplômés avec les besoins réels de l’économie marocaine.





