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Pegasus: De nouvelles accusations visant le Maroc

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Forbidden Stories et plusieurs médias partenaires affirment disposer de nouveaux éléments sur une possible utilisation du logiciel espion Pegasus par le Maroc. Toutefois, une lecture détaillée de leurs publications montre que plusieurs affirmations restent accompagnées de réserves importantes.

Les titres présentent souvent les accusations de manière catégorique, alors que les articles reconnaissent ensuite que certaines informations n’ont pas pu être vérifiées, que l’infection de plusieurs téléphones n’est pas confirmée ou que l’identité de l’opérateur ne peut être établie avec certitude.

Être ciblé ne signifie pas être espionné

L’un des principaux points de débat concerne la différence entre la sélection d’un numéro, une tentative d’infection et la compromission réelle d’un téléphone.

Selon les analyses techniques d’Amnesty International, un numéro peut être introduit dans le système Pegasus pour identifier le type d’appareil ou le réseau utilisé, sans que le téléphone soit nécessairement infecté.

Certains numéros auraient également pu être utilisés dans le cadre de tests, de démonstrations commerciales ou d’essais internes menés par la société NSO (NSO Group, l’entreprise israélienne à l’origine du logiciel Pegasus) .

Cette distinction apparaît peu dans certains titres de presse, où des personnes présentées comme des « cibles potentielles » sont parfois décrites directement comme ayant été espionnées.

Une attribution technique difficile à transformer en preuve politique

Les experts peuvent identifier des infrastructures techniques communes et regrouper plusieurs opérations sous un même système. Cette méthode permet d’établir des liens entre différentes tentatives, mais elle ne suffit pas toujours à identifier juridiquement ou politiquement l’utilisateur final.

Les rapports techniques utilisent d’ailleurs des expressions prudentes, comme « attribution présumée » ou « profil des cibles ».

Selon l’article, le point le plus contesté concerne donc le passage d’une corrélation technique à une accusation directe contre les autorités marocaines ou certains responsables.

Plusieurs médias reconnaissent eux-mêmes que les marqueurs techniques relevés sur certains téléphones ne permettent pas, à eux seuls, d’attribuer judiciairement les attaques au Maroc.

Des réserves nombreuses dans les enquêtes

Forbidden Stories reconnaît notamment ne pas pouvoir déterminer le nombre exact de téléphones réellement infiltrés, confirmer certaines infections sans examen des appareils ou identifier avec certitude l’origine de certains financements.

Le consortium évoque également l’hypothèse d’un financement émirati de l’accès marocain à Pegasus. Mais les articles indiquent parallèlement qu’aucune preuve directe de paiement n’a été établie.

Le nom de code « Morgan », présenté comme pouvant désigner un client marocain de NSO, constitue un autre élément avancé par l’enquête. Toutefois, même s’il était authentifié, ce nom ne permettrait pas à lui seul de démontrer les opérations menées, l’identité des cibles ou l’implication personnelle de responsables marocains.

Des documents étrangers pour expliquer le fonctionnement de Pegasus

Plusieurs documents utilisés dans l’enquête proviennent du Panama, des États-Unis, de France, d’Israël ou d’Italie.

Ils permettent de mieux comprendre le fonctionnement du logiciel Pegasus, ses capacités techniques et les méthodes de ses utilisateurs. Mais ils ne constituent pas nécessairement des preuves directes d’une acquisition ou d’une utilisation par le Maroc.

L’enquête repose également sur le témoignage d’une source anonyme présentée sous le nom de « Safir ». Cette source établit des liens entre plusieurs éléments du dossier, mais certaines de ses affirmations n’auraient pas été vérifiées de manière indépendante.

Le silence des autorités ne constitue pas une preuve

L’absence de réponse des autorités marocaines aux nouvelles questions du consortium est présentée par certains auteurs comme un signe d’opacité.

Cependant, le Maroc a déjà rejeté publiquement les accusations et engagé des procédures judiciaires. Dans ce contexte, son refus de commenter chaque nouvelle publication peut également relever d’une position juridique et institutionnelle.

Le silence ne permet donc pas de prouver l’acquisition du logiciel ou l’identité de son éventuel utilisateur.

Face à ces accusations, une lecture prudente reste nécessaire. Elle suppose de distinguer les faits établis, les indices techniques, les témoignages anonymes et les hypothèses qui n’ont pas encore été confirmées par des preuves directes.

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