Un rapport du Conseil civil de lutte contre toutes les formes de discrimination pointe plusieurs cas de discrimination à Sebta et alerte sur la progression des discours hostiles aux migrants sur les réseaux sociaux. L’organisation appelle les autorités à renforcer la transparence sur l’accueil des migrants et leurs conditions de prise en charge.
Dans son neuvième bulletin, élaboré avec l’Institut Prometheus pour la démocratie et les droits humains, le Conseil fait état de plusieurs situations préoccupantes observées à Sebta.
Le rapport mentionne notamment des restrictions rencontrées par des personnes d’origine marocaine à l’entrée de certains commerces. Le Conseil estime que les mesures de contrôle des flux peuvent être justifiées pour des raisons de sécurité ou de saturation, mais qu’elles ne doivent pas entraîner de discriminations liées à l’origine, à la nationalité ou au statut migratoire supposé.
Des garanties pour les migrants accueillis
Le transfert des migrants présents sur la plage du Trampoline vers de nouveaux centres d’accueil est présenté comme une évolution positive. Le Conseil demande toutefois des garanties concernant la sécurité, l’hébergement, l’alimentation, l’accès aux soins et la protection des personnes vulnérables.
Les personnes transférées ont notamment été orientées vers les centres de Loma Margarita et d’Impulsamiento de Loma Colmenar.
Le Conseil appelle également à protéger les migrants contre les intimidations et les discriminations après les manifestations organisées à Loma Colmenar, tout en encourageant le dialogue avec les habitants.
Des données toujours insuffisantes
Le rapport critique par ailleurs le manque de données publiques détaillées sur les personnes transférées.
Le Conseil demande aux autorités espagnoles de publier des données anonymisées sur leur nombre, leur âge, leur nationalité, ainsi que sur les femmes, les enfants et les mineurs non accompagnés. Il souhaite également des informations sur les personnes ayant besoin de soins ou souhaitant demander une protection internationale.
Des interrogations sur les dépouilles
Le rapport soulève aussi des questions sur l’identification des dépouilles des personnes décédées durant la crise migratoire.
Le Conseil demande aux autorités espagnoles d’expliquer les critères utilisés pour déterminer la religion des personnes non identifiées, notamment les éléments issus des examens médico-légaux, des effets personnels ou des informations fournies par les familles et les autorités marocaines.
Les réseaux sociaux pointés du doigt
Le Conseil alerte également sur la montée des discours anti-migrants sur les réseaux sociaux. Certains contenus présentent les migrants comme une menace pour les sociétés d’accueil, contribuant ainsi à leur stigmatisation, estime l’organisation.
Il appelle aussi à éviter l’utilisation systématique du terme « migrant économique », qui ne constitue pas une catégorie juridique en droit international.
Une jeune Marocaine exposée sur les réseaux sociaux
Le rapport évoque enfin le cas d’une jeune Marocaine, identifiée par les initiales W.A., qui avait accordé une interview au quotidien espagnol El País.
Après cette interview, des publications sur les réseaux sociaux auraient cherché à retrouver et commenter des éléments de sa vie privée à partir notamment d’anciennes photos.
Le Conseil considère cette pratique comme préoccupante et met en garde contre les tentatives de juger la légitimité d’une personne à migrer à partir de son niveau de vie, de ses vêtements, de ses relations ou de ses publications personnelles.
Le rapport appelle ainsi les autorités, les médias et les utilisateurs des réseaux sociaux à renforcer leur vigilance face aux discriminations, à la stigmatisation et aux discours de haine liés à la crise migratoire à Sebta.





