Réseaux sociaux : Après les États-Unis, l’Europe veut-elle aussi limiter Meta ?
Après avoir accepté de limiter l’usage d’Instagram et Facebook pour les adolescents aux États-Unis, Meta fait face à une nouvelle pression en Europe. Bruxelles demande au groupe de renforcer la protection des mineurs et pourrait s’appuyer sur le Digital Services Act pour imposer de nouvelles mesures.

La décision de Meta de limiter l’utilisation d’Instagram et Facebook pour les adolescents aux États-Unis relance le débat en Europe sur la protection des mineurs face aux réseaux sociaux.
Dans les six prochains mois, les utilisateurs âgés de 13 à 17 ans aux États-Unis seront soumis à de nouvelles restrictions. Instagram et Facebook pourront notamment être utilisés pendant deux heures maximum par jour. Les applications seront également mises en pause durant la nuit, tandis que les notifications seront désactivées pendant les heures de cours.
Les « likes » seront masqués par défaut et certains filtres modifiant fortement l’apparence du visage ou du corps seront bloqués. Après 15 minutes d’utilisation continue, un rappel invitera également les adolescents à faire une pause. Les parents pourront, de leur côté, modifier certains de ces paramètres.
Ces mesures résultent d’un accord conclu entre Meta et les autorités américaines après plusieurs années de procédures portant notamment sur les risques liés à l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs.
Bruxelles met la pression sur Meta
Ces restrictions ne s’appliquent pour l’instant qu’aux États-Unis. Elles ne contraignent donc pas Meta à adopter les mêmes règles en Europe.
Mais la Commission européenne a rapidement demandé au groupe de prendre également des mesures pour mieux protéger les jeunes utilisateurs européens. Bruxelles estime notamment nécessaire de renforcer le contrôle parental et de mieux encadrer le temps passé sur les plateformes.
L’Union européenne dispose déjà d’un cadre juridique pour agir : le Digital Services Act (DSA). Depuis 2024, la Commission européenne enquête sur la manière dont Instagram et Facebook sont conçus, notamment sur les risques d’addiction liés à leurs systèmes de recommandation et à certaines fonctionnalités.
Le défilement infini, la lecture automatique des contenus et les recommandations personnalisées font notamment partie des mécanismes examinés par Bruxelles.
Pas forcément deux heures par jour en Europe
Le DSA ne permet toutefois pas à la Commission européenne d’imposer automatiquement une limite de deux heures d’utilisation quotidienne.
Le texte oblige surtout les grandes plateformes à identifier et à réduire les risques qu’elles peuvent représenter pour leurs utilisateurs, notamment les mineurs. Bruxelles pourrait donc demander à Meta de mettre en place certaines mesures similaires à celles adoptées aux États-Unis, si elles sont considérées comme nécessaires pour réduire ces risques.
En cas de non-respect du DSA, les plateformes concernées peuvent s’exposer à des sanctions financières pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial.
La France cherche aussi à renforcer les protections
La France a déjà tenté de limiter l’accès des plus jeunes aux réseaux sociaux. Le projet visant à interdire ces plateformes aux moins de 15 ans a toutefois été censuré cet été par le Conseil constitutionnel.
Les mesures annoncées par Meta aux États-Unis ouvrent ainsi une autre piste : plutôt que d’interdire totalement les réseaux sociaux aux adolescents, il s’agirait de limiter leur utilisation et de réduire les mécanismes favorisant un usage excessif.
La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénaff, a salué les mesures annoncées par Meta, tout en estimant que la protection des mineurs ne pouvait pas dépendre des initiatives d’une seule plateforme.
Vers un effet domino ?
La décision de Meta pourrait également avoir des conséquences sur les autres réseaux sociaux. TikTok, Snapchat et YouTube font eux aussi l’objet d’une attention croissante des autorités.
Si les principales plateformes commencent à limiter le temps d’utilisation des adolescents, à désactiver les notifications durant la nuit et à renforcer le contrôle parental, la pression pourrait augmenter sur l’ensemble du secteur.
Pour les régulateurs européens, l’accord américain constitue donc un précédent important. Même s’il ne crée aucune obligation juridique en Europe, il montre que des restrictions importantes peuvent être mises en place par les plateformes.
La question est désormais de savoir si les mesures adoptées par Meta aux États-Unis resteront limitées au marché américain ou si elles finiront par devenir une nouvelle référence pour la protection des mineurs en Europe.




