Le parquet de Grenoble a lancé, mardi 10 février, un appel à témoins visant Jacques Leveugle, âgé de 79 ans. L’homme est mis en examen pour viols et agressions sexuelles aggravés sur 89 mineurs, des faits présumés commis entre 1967 et 2022 dans plusieurs pays. Il est également soupçonné d’avoir tué sa mère et sa tante.
Un parcours marqué par des écrits accablants
Né en 1946 à Annecy, Jacques Leveugle a suivi des études de lettres avant d’entamer des formations d’éducateur et d’infirmier, sans les achever.
Dans des écrits personnels saisis par les enquêteurs, il relate des relations avec des adolescents âgés de 13 à 17 ans. Il y décrit un attachement envers de jeunes garçons au seuil de la puberté, affirmant s’en détacher à leur passage à l’âge adulte.
Selon le procureur de Grenoble, Étienne Manteaux, le suspect utilisait sa culture et son charisme pour se rapprocher de jeunes, parfois issus de milieux fragiles. Il leur proposait du soutien scolaire, l’apprentissage de langues étrangères ou des activités sportives. Les enquêteurs évoquent un « personnage complexe », sans antécédent judiciaire connu.
Une enquête déclenchée par la découverte de clés USB
L’affaire débute en octobre 2023. Le neveu de Jacques Leveugle découvre, dans sa chambre, plusieurs clés USB contenant des documents compromettants. Il les remet à la gendarmerie de Vizille (Isère).
L’analyse met au jour quinze volumes d’écrits détaillant des relations sexuelles avec 89 mineurs dans une dizaine de pays.
À ce stade, une quarantaine de victimes ont été identifiées. La majorité a déposé plainte, mais seules deux se sont constituées parties civiles. Environ 150 personnes ont été entendues dans le cadre de l’enquête.
Les autorités estiment que d’autres victimes pourraient ne pas figurer dans les documents saisis, d’où l’appel à témoins. Les faits auraient été commis en France métropolitaine, en Nouvelle-Calédonie ainsi qu’en Algérie, Suisse, Allemagne, Maroc, Niger, Colombie, Philippines, Portugal et Inde.
Lors de son interpellation en février 2024, Jacques Leveugle vivait principalement au Maroc et séjournait ponctuellement chez son frère à Vizille. Les enquêteurs décrivent un mode opératoire fondé sur l’instauration progressive d’une relation de confiance avec les jeunes victimes.
Deux décès distincts au cœur d’une enquête séparée
Les écrits saisis révèlent également des aveux concernant deux décès. Jacques Leveugle affirme avoir étouffé sa mère en 1974, alors atteinte d’un cancer en phase terminale, puis sa tante en 1992, âgée de 92 ans, en Suisse.
Il aurait justifié ces actes comme un « accompagnement en fin de vie ». Ces deux faits font l’objet d’une enquête distincte.
Une procédure appelée à s’achever en 2026
L’information judiciaire pourrait être clôturée en 2026, notamment en raison des questions liées à la prescription et à l’âge avancé du suspect.




