Depuis le début de l’année 2026, l’Iran est secoué par une nouvelle vague de manifestations. Ce mouvement, né en réponse à l’inflation galopante et à l’effondrement du rial, a rapidement pris une dimension politique, mettant en lumière une crise de confiance profonde entre le régime et une partie de la population. Cette situation est d’autant plus grave que l’Iran sort d’une guerre avec Israël et fait face à des sanctions internationales rétablies par l’ONU.
Les manifestations ont commencé à Téhéran, avec des commerçants dénonçant la vie chère et la dévaluation de la monnaie. Elles se sont ensuite propagées dans d’autres villes, y compris dans l’ouest du pays où des affrontements meurtriers ont eu lieu. Selon Thierry Coville, économiste et spécialiste de l’Iran, la situation économique a joué un rôle déclencheur, mais c’est surtout la méfiance croissante envers le gouvernement qui nourrit ce mouvement. La crise économique, marquée par une inflation atteignant les 50 % et la chute du rial, a exacerbé le mécontentement populaire. Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a reconnu la légitimité des revendications économiques, mais a insisté sur la nécessité de « mettre à leur place » les manifestants qu’il qualifie d’émeutiers.
L’économie iranienne : un système sous pression
L’économie de l’Iran est gravement affectée par la réimposition de sanctions par les États-Unis en 2018, après la sortie de Donald Trump de l’accord sur le nucléaire. L’inflation a alors grimpé, oscillant entre 30 et 40 % chaque année. En 2025, la situation était déjà désastreuse, avec une croissance quasi nulle prévue pour 2026. Le pays survit grâce à la Chine, qui continue d’acheter du pétrole iranien, mais la situation intérieure reste fragile.
Le gouvernement a essayé de compenser cette crise par des subventions, mais cela a contribué à un déficit budgétaire croissant. Pour financer ce déficit, le régime a eu recours à la création monétaire, ce qui alimente l’inflation. L’impact des sanctions internationales, notamment le « snapback » des sanctions de l’ONU fin septembre 2025, pèse sur les perspectives économiques du pays, tandis que l’incertitude géopolitique, liée à la guerre avec Israël, freine les investissements étrangers.
Une crise de confiance politique
Au-delà des revendications économiques, les manifestations révèlent un profond mal-être politique. Le régime iranien fait face à une défiance de plus en plus forte, alimentée par des années de tensions et de répression. Les slogans des manifestants montrent un mécontentement qui va au-delà de la seule question économique. Le manque de dialogue et l’absence de réformes politiques sérieuses agissent comme des catalyseurs de cette colère.
Thierry Coville souligne que la réponse des autorités sera cruciale. Si le président iranien Massoud Pezeshkian, réputé pour ses positions modérées, tente d’apaiser les tensions en annonçant des discussions avec les commerçants, les factions les plus dures du régime y voient plutôt un complot extérieur et plaident pour une répression plus sévère.
L’avenir du régime : une question d’attitude
Pour savoir si ces manifestations peuvent réellement menacer la stabilité du régime, il faut observer deux éléments clés : la réaction du pouvoir et la mobilisation de la population. Le gouvernement iranien semble vouloir éviter d’aggraver la situation, mais il est possible que les protestataires ne croient plus aux promesses de dialogue. Si la confiance ne peut être rétablie, les manifestations pourraient se durcir et s’étendre, augmentant ainsi la pression sur le régime.
Le contrôle du marché des devises par la Banque centrale iranienne offre aux autorités la possibilité de stabiliser le rial, mais la question reste de savoir si cela suffira à calmer la colère populaire. Derrière la crise économique, des demandes de réformes politiques plus profondes se font également entendre. Le régime iranien pourra-t-il les ignorer encore longtemps ?
En somme, cette crise révèle non seulement les faiblesses économiques de l’Iran, mais aussi une fracture grandissante entre le régime et une population de plus en plus désillusionnée. Le futur du pays dépendra de la capacité des autorités à répondre à ces défis économiques et politiques.





