Sécheresse : Des experts prennent position

0
230

Des climatologues et experts préconisent la rationalisation de l’usage de l’eau par l’instauration de nouvelles politiques de gestion de la ressource.

Parmi les Etats les plus sévèrement atteints, le Maroc fait face à une nouvelle année de sécheresse exceptionnelle. Fatima Driouech, membre du bureau du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a exprimé son inquiétude sur l’impact du changement climatique à l’échelle mondiale. En effet, pratiquement toutes les régions de la terre en sont affectées d’une façon ou d’une autre. On assiste à des événements climatiques extrêmes comme les fortes vagues de chaleur, des pluies diluviennes et les sécheresses fréquentes. Un excellent dossier très complet réalisé par Medias24.

Évolutions climatiques observées sur le sol marocain

Les régions les plus impactées sont l’Oriental, la région du Drâa-Tafilalet et le Sud du pays, notamment le Souss-Massa.

Le coordonnateur de l’Alliance marocaine pour le climat et le développement durable (AMCDD), Abderrahim Ksiri, est catégorique, toutes les études du GIEC font état depuis plus de vingt-six ans d’un climat en voie non pas d’un changement, mais d’un dérèglement accéléré.

Et le Maroc fait partie des pays les plus affectés par le réchauffement climatique, avec un passage de 2 000 m3 d’eau par habitant, dans les années 60 à moins de 600 m3 d’eau par habitant aujourd’hui. Bien qu’il y ait des fluctuations, cette diminution reste une constante. Rien à voir donc avec un phénomène structurel ou conjoncturel.

D’après Abderrahim Ksiri, l’impact varie d’une région à une autre, cependant, les régions les plus impactées sont l’Oriental, la région du Drâa-Tafilalet et le Sud du pays, notamment le Souss-Massa.

Interrogé par Medias24, le professeur de climatologie à l’Université Hassan II de Casablanca, Mohamed-Said Karrouk, est revenu sur les différentes étapes du changement climatique au Maroc en faisant état des constats au cours des trente dernières années.

Selon lui, tout a commencé avec la baisse des précipitations observée vers la fin des années 1970 dans la région de l’Afrique du Nord, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Europe du Sud-Ouest. Une baisse qui a débuté au Sahel dans les années 1975-1980, avant de migrer en direction de l’Afrique du Nord et de s’installer au Sud de l’Europe dans le milieu de l’année 1980, tout particulièrement en Europe du Sud-Ouest.

À l’époque, la communauté scientifique se préoccupait avant tout des questions relatives à la désertification, en attribuant l’effet des événements naturels à l’intervention humaine dans les pays du Sahel. La thèse d’une période de réchauffement climatique planétaire n’a été découverte que bien plus tard. Durant cette phase de réchauffement climatique, le cumul des températures, au travers du bilan énergétique planétaire entre l’atmosphère et le sol, a commencé à produire des effets, dont l’augmentation de l’évaporation ainsi que la formation d’une masse de vapeur d’eau qui devait intégrer l’atmosphère.

Or, avec l’augmentation de l’évaporation, l’atmosphère ne parvenait plus à saturation, ce qui a limité les précipitations. Voilà comment toute la région du Sahel s’est retrouvée victime d’une sécheresse globale qui s’est poursuivie jusqu’au début de l’année 2000 complète Medias24.

À la fin de l’année 2005, on assiste à un retour des pluies avec une certaine brusquerie, mais hors saison et de manière abondante et concentrée. Après plusieurs recherches, il est apparu qu’il s’agissait d’une autre étape du réchauffement climatique. Ainsi, entre 2006 et 2017, on a assisté à un retour global des précipitations. Un phénomène qui ne pouvait s’expliquer que par une saturation de l’atmosphère.

Cette seconde étape du réchauffement climatique a été très bénéfique pour le Maroc, car il y avait non seulement un retour de précipitations chaque année et aussi un retour de la neige. On a également noté une augmentation de la température mondiale de 0.8 °C par rapport à l’époque préindustrielle. Une augmentation qui a perturbé le cycle de l’eau entre autres.

Ensuite, depuis 2018, non seulement les précipitations ont faibli, mais la chaleur reste élevée pendant l’automne et l’hiver. Cependant, le Maroc ne s’en est pas inquiété outre mesure, étant donné que les barrages étaient gorgés d’eau. Seulement, un barrage ne s’épuise pas tout à coup, ce n’est donc pas en 2022 qu’a débuté la sécheresse au Maroc. Aujourd’hui, les barrages sont complètement asséchés, ce qui donne un aperçu de la gestion de l’eau au Maroc.

Les dangers du réchauffement climatique pour le Maroc

Selon Abderrahim Ksiri, le réchauffement climatique représente un danger premièrement pour les individus, car ils ont besoin d’oxygène et d’eau pour survivre. Étant donné que le changement climatique touche essentiellement à l’eau et donc directement à la survie des individus et aux secteurs économiques. Tous les secteurs économiques ont besoin d’eau pour fonctionner. Pour produire un kilogramme de tomates, il faut environ 300 litres d’eau et 1 000 litres d’eau pour cultiver 1 kg de pastèques.

Fatima Driouech précise pour sa part que le rapport du WGII (Groupe de Travail II focalisé sur les impacts, adaptation et vulnérabilité) du GIEC, publié le 28 février, révèle que le changement climatique influe sur les systèmes naturels et humains dans la majeure partie de l’Afrique. Au Maroc par exemple, on note un risque très poussé de sécheresse et une forte vulnérabilité et des événements de perte de production fréquents comme les cultures et le bétail.

Ce qui explique le stress climatique et environnemental important observé sur la production céréalière au Maroc et la vulnérabilité des cultures pluviales. À cela, il faut ajouter le dépérissement des forêts et des terres boisées ainsi que la perte de la biodiversité terrestre et d’eau douce.

À quoi faut-il s’attendre dans les années à venir ?

Pour Abderrahim Ksiri, les prévisions à venir sont claires, l’irresponsabilité de certains pays aggraverait la situation. L’Afrique rejette moins de 4 % des gaz à effet de serre (GES). Les premiers émetteurs sont dans l’ordre les Etats Unies, puis l’Inde, la Russie et enfin la Chine.

Cette année, ces nations avaient décidé de revenir à l’Accord de Paris pour parvenir à la neutralité carbone, autrement dit, zéro émission de GES d’ici l’horizon 2050 pour les Etats Unies, le Japon, et l’UE, d’ici 2060 pour la Chine. Seulement, la guerre actuelle entre l’Ukraine et la Russie pourrait tout remettre en perspective. Le risque est de devoir retourner au charbon et au pétrole et de retarder le passage vers les énergies renouvelables, ce qui accélérerait encore plus les changements climatiques.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici